La mycoplasmose : maladie des yeux d’oiseaux

La mycoplasmose : maladie des yeux d’oiseaux

Vous trouvez un oiseau qui a l'air d'avoir un problème aux yeux, cet article vous décrira ce que c'est et ce que vous devez faire.

--Mise à jour 30 mars 2019 : Ajoutés sur la carte, un Roselin familier femelle à Laval (Vimont) et un Roselin familier mâle à Deux-Montagnes.-- Mise à jour 6 février 2019 : Des Mésanges à tête noire infectées au près du Lac-Saint-Jean de février 2019, ajout d'oiseaux avril, mai et septembre 2018 sur la carte --Mise à jour 11 avril 2018 : Geai bleu affecté ajouté, du 14 mars, Saint-Joseph-du-Lac.--Mise à jour, 2 mars 2018 : Des cas probables ont aussi été rapportés sur cette page pour le Lac-Saint-Jean.---

La photo du Chardonneret jaune probablement infecté qui est en tête de cet article a été reçue dans le groupe Facebook Oiseaux du Québec -Identification et discussions Go oiseaux le 7 février 2018. Le 21 février, le Ministère de la forêt, de la faune et des parcs relayait la confirmation que la mycoplasmose affectait bien les oiseaux du sud du Québec.  Le 2 mars, Go oiseaux a reçu de bonnes indications suggérant que l'infection serait plus répandue qu'on le croyait. Voici plus de détails.

La reconnaître
La prévenir
La signaler

Carte des oiseaux infectés répertoriés au Québec

Icônes provenant de la collection:  https://mapicons.mapsmarker.com

Légende :

Cardinal rouge

Durbec des sapins (souvent avec Gros-bec errant)

Gros-bec errant

Roselin familier

Chardonneret jaune

Geai bleu

Espèce on précisée

 La reconnaître

Les symptômes

Ce qu'on observe facilement chez les oiseaux infectés, c'est une conjonctivite, qui se manifeste normalement par un gonflement  rougeâtre autour de l’œil. Il peut être tout autour de l’œil ou ne faire qu'une boursouflure à un endroit autour de l’œil, selon le stade d'avancement de la maladie.

L’œil peut aussi simplement couler, il peut s'encroûter et il peut être enflé au point que l'oiseau ne puisse plus voir.

L'oiseau pourrait aussi être très calme (au repos) ou se gratter l’œil avec sa patte ou sur un perchoir.

Pourtant, la mycoplasmose est une maladie respiratoire à la base. Les oiseaux infectés devraient alors aussi avoir une rhinite, ce qui n'est pas aussi visible que les symptômes à l’œil.

Il s'agit d'une maladie différente de celle qui a touché fortement les Maritimes cet été, la trichomonose, qui ne touche pas particulièrement les yeux.

Geai bleu avec contour gris boursouflé de l’œil

Geai bleu, Saint-Joseph-du-Lac, 14 mars 2018

Mésange à tête noire - Février 2019, près du Lac-Saint-Jean

Origine de la maladie

La conjonctivite qui affecte les oiseaux est causée par une souche particulière de la bactérie  Mycoplasma gallisepticum.

Il s'agit d'une maladie commune dans les élevages de poules et de dindes dans le monde entier. Une transmission inter-espèce imprévue a permis à la bactérie d'infecter un oiseau sauvage.

Dans le passé

La bactérie avait été très connue dans les années 1990 lors d'un épisode d'infection massive des Roselins familiers particulièrement.

On a remarqué le premiers oiseaux infectés pendant l'hiver 1993-1994 en Virginie et au Maryland, dans l'est des États-Unis.

On estime que les populations de Roselin famlier ont diminué de moitié dans l'est du continent Nord-Américain suite à cette épidémie.

Depuis, les incidences de la maladie avaient diminué jusqu'à être très peu présente, mais cet hiver, elle reprend de l'expansion chez nous.

Le Roselin familier, espèce fragile

Avant les années 1940, le Roselin familier vivait seulement dans l'ouest de l'Amérique du Nord, limités par les montagnes Rocheuses.  L'espèce a été introduite dans l'est après que des individus d'animalerie aient été relâchés, suite à l'établissement de l'interdiction pour celles-ci de les garder en captivité.

Étant donné que peu d'individus ont donné naissance à la population dans l'est,  la diversité génétique est restreinte. On croit donc que cette faiblesse rend l'espèce plus sensible aux maladies.

Cependant, la maladie s'est aussi propagée à l'ouest des Rocheuses dès 2006.

Roselin familier avec boursouflure à l'oeil possiblement due à la mycoplasmose, Boisbriand

Lieux affectés plus récemment

La maladie s'est répandue au Québec cet hiver. Go oiseaux n'a pas trouvé d'évidence de sa présence ailleurs récemment (bienvenue si vous en trouvez).

Des carcasses analysées ont permis de confirmer que c'était bel et bien la mycoplasmose.

(Ancienne info : La zone d'infection, le sud du Québec, inclut toute la région de la ville de Québec ainsi que tout ce qui se situe au sud de cette ville.) -->Suite aux commentaires sur cette page, nous savons qu'il y a aussi des cas  probables déclarés au Lac-Saint-Jean. La maladie serait donc plus répandue que ce que l'on croyait il y a quelques jours. (écrit le 2 mars 2018)-- Les emplacements connus sont indiqués sur la carte en haut de cette page.

Il y aurait eu d'autres cas confirmés, mais pas la peine de demander (j'ai essayé), nous devons attendre les nouveaux communiqués officiels du CQSAS transmis par le Ministère des forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP) pour être mis au courant.

Espèces affectées

D'autres espèces que le Roselin familier peuvent être affectées.

Cardinal rouge mâle avec boursouflure au-dessus de l'oeil

Cardinal rouge probablement affecté, Longueuil

Dans le présent épisode au Québec, on a jusqu'à présent confirmé l'infection des espèces suivantes :

-Chardonneret jaune (7 individus)

-Roselin familier (5 individus)

-Cardinal rouge (2 individus)

-Plectrophane des neiges (1 individu)

Cas fort possibles appris par cette page (dans les commentaires) :

-Durbec des sapins

-Gros-bec errant

-Geai bleu

Il y a des cas connus d'autres espèces infectées par cette maladie en Amérique du Nord :

-Roselin pourpré

-Toute espèce de fringillidé

-Des corvidés

Mode de transmission

On sait que plus un oiseau infecté fréquente les mangeoires, plus il a de chances  d'infecter d'autres oiseaux.

Le contact des fluides d'un oiseau avec les fluides infectés de l’œil ou de narines d'un oiseau infecté est ce qui mène à la transmission de la maladie.

La bactérie ne survit pas longtemps hors d'un corps d'oiseau, les fluides doivent donc être récents pour que la transmission puisse se faire.

La bactérie se transmet l'hiver comme l'été.

Durbec des sapins avec contour de l’œil enflé et plumes mouillées

Durbec des sapins avec infection de l’œil, Lac-Saint-Jean

Risques pour l'oiseau infecté

Un oiseau infecté peut mourir de la maladie, mais il peut aussi survivre.

La conjonctivite cause à l'oiseau des problèmes de vision. Un oiseau qui ne voit pas bien est une proie plus facile pour un prédateur ou peut mourir de faim.

Un oiseau peut aussi être infecté et montrer moins ou pas de symptômes, selon la virulence de la souche, si on se fie aux informations disponibles sur les oiseaux d'élevage.

Risques pour l'humain

La maladie ne se transmet pas à l'humain.

Cependant, les oiseaux peuvent avoir d'autres maladies et il est conseillé de prendre des précautions de base lorsque l'on manipule un oiseau infecté ou les mangeoires :

-porter des gants de caoutchouc

-se laver les mains et les avant-bras après la manipulation, avec de l'eau et du savon (ne pas se contenter de lotion désinfectante)

-garder les outils de nettoyage loin de la cuisine, dehors idéalement

-ne pas utiliser les outils de nettoyage des mangeoires pour d'autres fins

Manipulation de carcasse

Si vous avez trouvé une carcasse d'oiseau à faire analyser, il est important de prendre quelques précautions supplémentaires.

-Pour prendre l'oiseau, utiliser un outil, comme une petite pelle par exemple, OU mettre des gants jetables (vinyle, PVC, latex, nitrile ou caoutchouc), OU avec un sac de plastique inversé  résistant aux déchirures

-Envelopper l'oiseau dans quelque chose d'absorbant comme du papier journal

-Placer le tout dans un sac résistant aux déchirures et qui ne peut pas dégoutter

-Doubler le sac le plastique (cela prévient la contamination entre les carcasses et les gouttes lors du transport, c'est aussi requis pour un envoi conforme à la réglementation)

-La carcasse doit être maintenue au froid, mais pas congelée, à moins qu'il soit impossible de les transmettre au laboratoires dans les 24 à 36 heures (dans lequel cas, il est mieux de congeler)

-Ne pas jeter s'il est possible que d'autres personnes le manipulent

-Se laver les mains à fond avec de l eau et du savon suite à la manipulation de carcasse

La prévenir

Retirer les mangeoires

Si vous voyez un oiseau infecté à vos mangeoires, il faut retirer celles-ci immédiatement. Cela permettra de réduire les risques de propagation.

Il est recommandé de retirer les mangeoires pour une ou deux semaines avant de les remettre. Le but est que les oiseaux se dispersent, étant donné que les regroupements favorisent la propagation de la maladie.

Avant de les remettre, il est impératif de bien des nettoyer.

Nettoyer la mangeoire chaque semaine

Si vous avez des oiseaux infectés, il faut absolument nettoyer les mangeoires et la zone des mangeoires avant de les remettre.

S'il n'y a pas encore de cas chez vous, il vous est tout de même suggéré de nettoyer vos mangeoires à chaque semaine (dans tout le Québec).

Pour nettoyer les mangeoires, vous pouvez :

-les laver à la main avec une solution d’eau de javel diluée à 5% (une porte d'eau de javel pour 20 portions d'eau) OU

-les laver à la main avec du savon et de l’eau bouillante OU

-les faire tremper pendant une heure dans une solution de vinaigre et ensuite les frotter avec une brosse à bouteille neuve OU

-vous acheter une nouvelle mangeoire, mais bon, vous n’en achèterez pas une nouvelle chaque semaine…

Pour toutes ces solutions, assurez-vous que les mangeoires soient bien sèches avant de les ré-installer.

---Voir la section Risques pour l'humain (ci-haut) pour les précautions importantes pour votre santé lors de ces opérations.----

Nettoyer les lieux chaque semaine

Pour compléter le nettoyage, il faut aussi enlever toutes les graines, écales de graines et fientes qui sont au sol.

Ce qui peut aussi aider, c'est d'éviter d’utiliser des mangeoires à gros perchoir, où les oiseaux peuvent se frotter les yeux.

Éviter les mangeoires en tubes à trous

Les mangeoires en tube où les oiseaux doivent entrer le bec ou la tête dans une ouverture devraient être retirées pour prévenir la transmission de la maladie.

En effet, les oiseaux peuvent laisser leurs fluides infectés sur les bords du trous sur ce type de mangeoire, ce qui facilite la transmission.

Malgré que ces mangeoires soient probablement plus propices à la transmission, les autres types de mangeoires peuvent aussi transmettre la maladie.

Un extra : Nettoyer les perchoirs à chaque jour

Comme des oiseaux peuvent avoir le temps d'infecter le poste d'alimentation entre les nettoyages, vous pouvez ajouter un petit nettoyage quotidien.

Donc, comme mesure supplémentaire, vous pouvez nettoyer les perchoirs avec une lingette imbibée d'eau de javel diluée et même changer vos graines chaque jour ou à tous les deux jours.

Cet extra s'adresse surtout à ceux qui ont vu des cas d'infections à leurs mangeoires. Ou, si vous n'en avez pas eu et n'avez pas le temps de tout nettoyer  par prévention, il est mieux de faire un petit nettoyage de perchoirs et du trou d'alimentation comme ça que de ne rien faire du tout.

La signaler

On ne peut confirmer l'infection que lorsque l'on peut faire des analyses de laboratoire sur des oiseaux que l'on a en main.

Par contre, les oiseaux photographiés sont aussi utiles. Bien qu'il demeureront toujours des cas probables d'infection (non confirmés en laboratoire), le signalement d'oiseaux par des photographies aide quand même beaucoup à avoir une idée de la progression géographique de la maladie.

Pour signaler une observation d'oiseau que vous croyez infecté, vous devez écrire au Centre québécois sur la santé des animaux sauvages (CQSAS) à l'adresse suivante et inclure tous les détails et photos si possible  :

cqsas@umontreal.ca 

Vous êtes aussi invités à mettre votre observation d'infection possible de mycoplasmose dans les commentaires ci-bas (indiquez votre municipalité), puis je les ajouterai à la carte interactive en haut de cette page.

Vos questions et autres commentaires sont aussi les bienvenus.

Sources :

Communiqué du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages (CQSAS) de la Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal, relayé par le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec et recopié par le Regroupement QuébecOiseaux .

Canadian Wildlife Health Cooperative

Projet FeederWatch (maladie)

Projet FeederWatch (transmission)

Avia Québec (oiseaux domestiques)

Commentaires ( 45 )

  • Diane gauthier

    Voici la deuxième photo……Merci.

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