Quoi faire des oiseaux rares?

Quoi faire des oiseaux rares?

Des images présentant un bon nombre de personnes assemblées devant un oiseau rare pour la région, qui se trouvaient hors des sentiers et dans une zone sensible en restauration, ont circulé dernièrement sur le net. Plusieurs personnes ont alors exprimé leur mécontentement face à ce comportement.

De mon côté, je m’étais récemment posé la question si c’était vraiment bien de partager ce genre d’observation et de permettre de tels attroupements, qui peuvent nuire à l’oiseau. Je vous partage ma réflexion et vous lance une idée originale à la fin de l'article, le liste fierté!

 

Partager, une habitude

 

J’ai le réflexe de partager mes observations d'oiseaux rares rapidement, car c’est ce que j’ai connu, ce que j’ai appris en commençant mon loisir favori. D’ailleurs, j’ai été bien contente de pouvoir aller « courir » plusieurs oiseaux rares pendant mes premières années d’ornithologie intensive.

C’est grâce à ces mentions qu’on peut enfin atteindre le fameux score de 300 espèces observées au Québec, wow! Je l’ai atteint, oui, mais après?

Depuis plusieurs années, j’ai perdu le compte, car je sais quelles espèces j’ai vues et lesquelles je n’ai pas vues, mais le nombre comme tel m’importe peu. Et, voir de nouvelles espèces, oui, je veux bien, mais pas n’importe comment.

 

Réaliser d'où provient le plaisir

 

C’est lorsque j’étais à l’autre bout du Canada pendant quelques mois, il y a dix ans, que je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment besoin de voir l’oiseau rare moi-même pour en être heureuse.

En fait, il y avait une Effraie des clochers qui s’était pointée à L’Île-des-Sœurs, une espèce formidable pour moi, que j'espérais tant voir un jour. Cependant, lorsqu’elle a été repérée et que je n’étais pas là, je n’ai étonnamment pas eu de réaction de frustration ou de jalousie.

J’étais juste vraiment contente qu’il y en ait une! Yé! Une Effraie des clochers, ça existe encore! Avant, je me demandais si elle avait disparu de la province, car on n’en voit jamais, mais cette mention m’a donné un petit espoir pour l’espèce.

 

Les oiseaux rares, pas toujours des moments si joyeux

 

Quand j’y repense, je me souviens que les oiseaux que j’ai eu le moins de joie de voir, ce sont ceux pour lesquels je n’ai pas eu à faire d’efforts. On m’a dit qu’ils étaient là, j’y suis allée, je les ai vus, c’est fini.

Quand l’oiseau se faisait désirer, c’était déjà plus excitant lorsqu’il arrivait, mais l’attente était souvent pénible.

Bien sûr, le summum, c’est d'en trouver un par hasard!

Maintenant, je ne cours à peu près plus les espèces rares, même près de chez moi.

Je me suis même surprise à trouver ça peu excitant de voir un oiseau rare par hasard, car que je savais qu’il avait déjà été vu dans le secteur.

Ma réaction en voyant l’oiseau aurait certainement été toute autre si on ne m’en avait pas avisé. « Wow! Mais que fait-il là? Il en a parcouru du chemin! » Au lieu de « Oh, ah… Ben oui, c’est vrai, il y en a un dans le secteur. Contente quand même d’être tombée dessus. » Vous voyez le genre.

Mais j'étais déjà plus heureuse de le croiser que si j'avais été là seulement pour le retrouver.

 

 

Regardez, j'ai un oiseau rare pour vous!

 

Dernièrement, je suis allée voir l’oiseau rare qu’un ami qui fait peu d’ornithologie a trouvé par hasard, car il m’avait demandé la confirmation de l’espèce. Je l'avais déjà confirmé de chez moi avec sa photo, mais je suis allée le voir quand même.

Comme aucun ornithologue aguerri n'était allé le voir et qu'un de mes amis l'avait trouvé, je trouvais que ça avait un certain charme comme observation. Un beau Tyran de l'Ouest!

Tyran de louest ValerieModif

Tyran de l'Ouest, photo Valérie Thériault-Deschênes

C’était intéressant de voir son comportement chez nous. J'ai bien aimé le revoir. C'est que j’en avais déjà vu dans les prairies, l'année précédente. Jamais je n'en avais vu au Québec, mais j’étais bien plus excitée le voir chez lui qu’ici, en détresse.

Puis, je me suis dit, par réflexe, que je devais aviser les autres ornithologues, après avoir demandé si cela pouvait déranger les gens du secteur. C’est que je sais bien que d’autres observateurs seront heureux d’être au courant que cet oiseau est là.

Après coup, je me demande à quel point c’était une bonne idée. Je ne peux m’empêcher de me demander si des gens ont stationné leur auto directement à l’endroit où l’oiseau se nourrit, car je n’ai pas pensé écrire ça dans ma mention.

Je me demande si la présence de visiteurs a pu l’importuner, même si je sais que cet oiseau égaré était probablement voué à la mort. Mais si on lui laissait une chance de retrouver son chemin? Si on le laissait seul le plus possible?

 

Changer la norme?

 

Aujourd’hui, la norme est de communiquer rapidement les observations d’oiseaux rares, alors il est frustrant de ne pas savoir rapidement. Certaines personnes se font même faire des reproches quand ils ne communiquent pas leurs observations assez rapidement.

Et si la norme changeait? D'ailleurs, de plus en plus de gens hésitent à partager les lieux de leurs observations afin d'éviter le dérangement, pour les hiboux en particulier.

Pouvons-nous simplement être contents de savoir plus tard, car la mention serait faite sur le tard, qu’il y avait un oiseau rare à tel endroit?

Devrions-nous garder l'effet de surprise quand nous le trouvons par hasard soi-même? Ou peut-être devrions-nous simplement apprendre à être heureux de la présence d'un oiseau sans aller le voir soi-même?

Une variante, pour ceux qui tiennent vraiment à le voir, pourrait être de dire de façon imprécise l’endroit de l’observation et qu'une chasse au trésor ornithologique démarre, où chacun garde le secret, tel un rallye.

Les ornithologues sont-ils prêts pour ce changement de mentalité?

Une mentalité où on n'a pas à tout voir ou tout prendre en photo?

Celle où on apprécie les oiseaux pour ce qu'ils sont, où on profite de contempler leur comportement et leur plumage?

Celle où on les trouve nous-même?

 

Pour le présent

 

Tous les types d'observateurs existeront toujours et c'est bien ainsi. Cependant, la norme peut changer.

D’ici-là, il faut du moins garder en tête de se conduire en ornithologues responsables pour diminuer notre impact sur l’oiseau, son habitat, les autres observateurs et utilisateurs du site.

Ceux qui ont besoin de s'informer davantage pour savoir comment bien se conduire pourront aller lire le Code de conduite de l’ornithologue amateur, du Regroupement QuébecOiseaux, qui est principalement issu du gros bon sens.

Et, non, ce n'est pas parce que c'est une situation exceptionnelle, un oiseau formidable, un moment particulier ou toute autre excuse, qu'on peut se donner le droit de faire n'importe-quoi.

Pour partager un oiseau rare, que vous décidiez d'indiquer l'endroit précis ou non, rendez-vous sur la page des Oiseaux rares du Québec.

 

Une nouvelle liste : la liste fierté!

 

Et si les oiseaux courus ne comptaient pas?

Si on se faisait une liste des oiseaux que nous avons trouvés?

Imaginez la fierté pour cette liste, bien plus représentative de nos réels efforts d'observation!

Je la lance dès aujourd'hui!

 

Voici les règles de la liste  fierté :

-Observation faite dans ses activités d'observation habituelles.

-Sans détour spécial pour un individu en particulier.

-Observation faite dans un habitat spécial pour voir une espèce en particulier, mais pas un individu en particulier. (Car il faut bien changer un peu ses habitudes parfois pour pouvoir observer certaines espèces moins communes!)

-L'observation peut avoir été faite en groupe. Un autre individu que vous peut avoir trouvé l'oiseau, tant que vous ne sachiez pas que l'oiseau était là avant de vous rendre au site.

-Les espèces vues ou seulement entendues comptent.

-Les espèces exotiques ne comptent pas.

-Oiseaux observés dans votre province. Une autre liste pourra être faite pour le pays, le continent, etc.

 

Je devrai moi-même faire le tri de ma liste à vie, cachée quelque part, pour connaître ce nombre. De mémoire, avec une nouvelle liste, c'est dur de se souvenir des circonstances de toutes mes observations.

Je suis fière d'avoir certaines espèces rares sur cette liste, car je les ai trouvées moi-même, comme le Gobemoucheron gris-bleu, le Faucon gerfaut et le Bruant des plaines par exemple.

Pour une première tentative de ma liste fierté, juste en cochant le feuillet d'observations quotidiennes, j'obtiens (...roulement de tambours...)  : 276 espèces!

(Veuillez noter que le feuillet d'observations quotidiennes ne peut être utilisé qu'à des fins de compilation personnelle. Les données ne sont plus compilées dans ÉPOQ, mais vous pouvez maintenant les saisir dans eBird.)

 

Et vous, sauriez-vous combien d'espèces contient votre liste fierté?  Je vous invite aussi à vous exprimer ci-bas sur cet article, dans le respect de tout type d’observateur.

 

Notez que la photo au haut de cet article ne présente pas des observateurs d'un oiseau rare.

 

Commentaires ( 3 )

  • Rita St-Gelais

    Je demeure dans la région duSaguenay,plus précisément dans un village situé. Au pied des Monts Valin à environ 20 kilomètres au nord de Chicoutimi.Au printemps dernier j’ai observé un cardinal à poitrine rose et j’ai fait une vidéo sur mon iPad .Je me demandais s’il était utile de le mentionner.

    • Vous avez fait une belle observation. Le Cardinal à poitrine rose est un oiseau assez répandu et présent dans votre région, alors il n’est pas nécessaire de le mentionner aux coureurs d’oiseaux rares. Mais c’est toujours pratique d’enregistrer vos observations sur eBird. Voici mon article sur le sujet : http://gooiseaux.ca/utiliser-ebird/ .
      Bonne observation!

  • Lise Pelletier

    Merci Mireille pour cette réflexion très pertinente. Moi la principale chose qui me préoccupe, c’est le fait de ne pas déranger ou stresser l’oiseau (alimentation, repos, déplacements, protection…). Sa survie peut en être compromise. Alors les choix que je ferai seront guidés par cette préoccupation.

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